Si la rouille demeure l’ennemie la plus crainte des collectionneurs, elle n’est malheureusement pas la seule menace pour les automobiles anciennes. Les structures en bois des carrosseries d’avant-guerre et les selleries en textile d’origine végétale peuvent subir les attaques dévastatrices des insectes. Une prise de conscience s’impose !
Une Lorraine Dietrich de 1912 subit le traitement par anoxie au Musée National de l’Automobile de Mulhouse Collection Schlumpf. © Musée National de l’Automobile de Mulhouse collection Schlumpf
La FFVE sonne l’alarme, pour les musées et les collectionneurs : attention aux insectes ! « La plupart des véhicules d’avant-guerre intègrent des armatures en bois sur lesquelles sont fixés les panneaux de carrosserie. Nous sommes alertés par des musées qui subissent des attaques très sérieuses d’insectes xylophages sur les véhicules anciens. Certains ont dû même être mis en quarantaine car, petit à petit, leur armature est rongée. Lorsque l’on passe à côté, on voit la sciure en dessous ! Si l’on n’y prend pas garde, on va se retrouver avec des véhicules réduits à leur châssis et moteur » explique Jean-Pierre Condemine, administrateur du Programme Sécurité de la FFVE. Cet enjeu est bien connu des conservateurs d’autres types de patrimoines, voitures hippomobiles, mobiliers ou même bâtiments anciens. Pour rappel, ce ne sont pas les insectes en eux-mêmes qui attaquent les bois mais leurs larves, issus des œufs pondus dans les anfractuosités du bois. Les espèces sont variées : vrillettes, capricornes, termites…
Une menace partagée avec d’autres patrimoines
Axelle Hommell, à la tête du Groupe de Travail Musée de la FFVE, vit cette problématique avec les collections du Manoir de l’Automobile de Lohéac, qui expose non seulement des véhicules mais de très nombreux objets en bois dans son espace consacré aux vieux métiers. « J’ai pris conscience du danger en échangeant avec d’autres musées. C’est une problématique commune avec le bâti ancien, que je connais à travers mon autre mission au sein de l’association nationale La Demeure Historique : les vrillettes ne choisissent pas leurs bois ! Il a fallu d’abord établir un diagnostic pour déterminer quels véhicules et objets étaient concernés et ensuite débloquer du temps pour nos équipes afin de réaliser des traitements. Nicolas Rouxel, une jeune recrue de notre musée, traite les véhicules concernés au Xylophène en plus de tout son travail en mécanique. Nous souhaitons mettre en place les bonnes pratiques dans tous les musées concernés, notamment limiter les risques lors des expositions temporaires ou des ventes, qui peuvent propager le mal avec l’introduction d’objets infectés ».
Cette communauté de destin face à la menace permet de s’inspirer de pratiques de protection déjà bien défrichées pour d’autres types de patrimoine. Une recherche poussée est ainsi menée au niveau national par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF). Dans le cadre du Groupe de Travail Musée, la FFVE cherche donc à mettre en réseau les musées adhérents qui rencontrent ce problème. Il s’agit de réaliser un premier constat sur leur niveau de sensibilisation et d’action face au problème, comparer leurs initiatives avec les recommandations du C2RMF, et bien sûr mettre en commun les meilleures pratiques.
Diagnostic de présence de nuisibles grâce à l’installation de capteurs sur bois, toujours sur la Lorraine de 1912 au Musée National de l’Automobile de Mulhouse collection Schlumpf. © Musée National de l’Automobile de Mulhouse collection Schlumpf
L’exemple de Mulhouse
Parmi les institutions concernées par les attaques d’insectes, le Musée National de l’Automobile collection Schlumpf, membre de la FFVE, fait partie de ceux qui ont pris conscience le plus tôt de la menace. Un diagnostic systématique des véhicules et un plan d’action particulièrement poussé ont été mis en oeuvre. Brice Chalançon, responsable de l’atelier de restauration, témoigne : « Nous en avons pris conscience il y a un peu plus de 15 ans. Nous avons réussi à stabiliser un peu la situation mais malheureusement il est compliqué d’intervenir sur les parties en bois cachées sous les panneaux de carrosserie. Lorsqu’on en vient là c’est carrément un chantier de restauration de la voiture qui s’engage ».
Face à ce fléau, plusieurs méthodes sont utilisées par le musée à commencer par la mise en place de pièges lumineux à ultraviolets qui attirent les insectes. Ils sont à placer avec précaution car ils peuvent les orienter vers d’autres cibles. Il existe également des pièges collants à phéromones à placer à proximité immédiate des véhicules. Pour traiter ceux déjà atteints, le musée met en œuvre le traitement des bois avec un produit adapté type Xylophène, mais a également expérimenté une méthode plus radicale : l’anoxie. Il s’agit de placer le véhicule dans une bulle en plastique, remplie exclusivement par de l’azote durant 21 jours à une température supérieure à 25 degrés : « Cela tue toutes les larves et les insectes, ceux qui attaquent le bois mais aussi les mites qui rongent les selleries, également impossibles à repérer à l’œil nu, car les larves se cachent à l’intérieur. Malheureusement cela représente un coût assez élevé » explique l’homme de l’art. Il a également mis en œuvre des techniques évoluées pour diagnostiquer les véhicules : « J’avais développé un système de suivi des pannes mécaniques avec des capteurs capables de repérer les fréquences des pièces prenant trop de jeu, avant que l’oreille humaine ne puisse le déceler. Nous les avons mis en place sur les bois des véhicules pour repérer l’activité des larves. Cela nous a permis de constater que des bois dépourvus de trous pouvaient être déjà infestés ».
On le voit, le sujet est à prendre au sérieux et nécessite la mobilisation de tous, d’autant plus que des solutions ont fait leur preuve : la FFVE entend prendre toute sa part dans la lutte contre ce péril.
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- Détail de la pose de capteur au Musée National de l’Automobile de Mulhouse collection Schlumpf. © Musée National de l’Automobile de Mulhouse collection Schlumpf
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- Le Musée des Sapeurs-Pompiers de Lyon est également très conscient du danger représenté par les insectes.
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- Les expositions temporaires et les ventes de véhicules d’avant-guerre doivent faire l’objet de précaution pour éviter la propagation du mal.




