Le rajeunissement généralisé des véhicules d’époque collectionnés ouvre des opportunités pour des amateurs de voyage dans le temps. De plus en plus d’avant-guerre restaurées sont disponibles sur le marché à des tarifs souvent très inférieurs au coût de leur restauration. Des modèles qui offrent de nombreuses satisfactions à ceux qui veulent bien s’y intéresser.
Vous ne seriez pas peu fier au volant de cette splendide Renault KJ1 de 1923 du patrimoine Renault !
Ceux qui ont lu notre dernière interview de Stéphane Pavot, de la maison de ventes aux enchères Osenat, le savent : les prix des avant-guerre, en particulier ceux des populaires, diminuent nettement. Derrière ce phénomène, un basculement des générations de collectionneurs, dont les souvenirs d’enfance ou de jeunesse constituent souvent leur première motivation. Beaucoup d’entre eux s’intéressent donc le plus souvent à des véhicules plus récents, des années 1980 ou 1990, tandis que les pionniers du mouvement de la collection passent la main, sans toujours pouvoir transmettre à leur descendance. C’est pourquoi de plus en plus d’avant-guerre sont disponibles sur le marché à des tarifs raisonnables, alors même qu’elles conservent la réputation d’être inaccessibles.
Un capital sympathie énorme
Eric Godefroy, ayant possédé des dizaines d’avant-guerre et auteur d’un article de huit pages sur les carrosseries hors usine des gammes Citroën C4 et C6 et Rosalie à paraître dans l’Authentique, confirme : « Contrairement à ce que beaucoup croient, les avant-guerre ne sont pas toujours chères, d’autant que de plus en plus de propriétaires sont contraints de passer la main. C’est l’occasion d’acquérir des autos restaurées, vendues parfois bien moins chères que le coût de leur rénovation. C’est en particulier le cas des populaires des gammes usine, Renault, Peugeot, Citroën. Il y a beaucoup de voitures à vendre ou qui seront à vendre prochainement. Entre 8 000 € et 15 000 € on peut d’ores et déjà trouver une belle auto, prête à rouler ». Bien entendu, ces chiffres ne s’appliquent pas aux modèles de prestige, sportifs ou de course, qui conservent pour la plupart des valeurs élevées.
En dehors de leurs prix, ces modèles sont susceptibles d’offrir de nombreuses satisfactions à leurs propriétaires, à commencer bien sûr par le voyage dans le temps qu’ils proposent. Les cadrans façon Art Déco d’une Renault des années 30, le style simple mais si typé d’une Citroën des Années Folles, l’esprit « Prohibition » d’une américaine contemporaine, évoquent immédiatement des époques encore très présentes dans les mémoires grâce au cinéma, aux séries, à la littérature et nos livres d’histoire. C’est sans doute pourquoi elles possèdent encore un immense capital sympathie auprès du public : on ne passe certes pas inaperçu en avant-guerre, mais toujours pour de bonnes raisons.
Très en avance sur son temps, la Citroën Traction demeure très abondante en annonce.
Des autos qui se pilotent
Elles offrent également à ceux qui voient dans le pilotage autre chose qu’une recherche de la vitesse, une expérience de conduite qui demande une passionnante maitrîse, loin de la conduite sur-assistée parfois sans grand intérêt des automobiles modernes. « On roule à la vitesse à laquelle on est susceptible de s’arrêter, cela demande un engagement dans la conduite de ce patrimoine, qui doit s’adapter à la circulation d’aujourd’hui » précise Eric Godefroy. Des observations à moduler en fonction de la technologie de l’auto : on ne mène pas de la même manière une auto à carrosserie mixte bois et tôle et les « tout acier », de même que le freinage aux quatre roues puis hydraulique, apparu plus ou moins tardivement selon les constructeurs, a fortement modifié l’expérience de conduite.
Même s’il exige des interventions plus nombreuses que pour les voitures récentes, notamment pour le graissage, leur entretien se révèle le plus souvent d’une grande facilité pour qui possède quelques notions de mécanique : l’accessibilité des organes, la simplicité de leur fonctionnement ont de quoi dépayser les habitués aux « valises » électroniques et autres interventions dans des compartiments moteurs surchargés des autos récentes.
Choisir une auto de grande série comme cette Renault Juvaquatre est à recommander pour une première expérience en avant-guerre.
Bien choisir sa première avant-guerre
Vous voici convaincu d’acheter votre première avant-guerre. Attention cependant au choix du modèle pour une première expérience : une marque trop rare, un engin trop rudimentaire peut rendre l’expérience moins amusante lorsqu’on débute. Il est aussi en fonction de l’usage envisagé : partir en balade ou aller chercher le pain en Citroën Trèfle est tout indiqué mais traverser la France à son volant relève tout de même de l’aventure… « Je conseille de commencer avec une auto de grande série, par exemple les Peugeot 202, 302 ou 402, qui sont de très bonnes voitures, fiables, très utilisables, qui ont marqué la France. Certaines Chenard & Walcker, ou encore les modèles de la gamme Citroën C4 et C6 sont relativement faciles à trouver et de bonne qualité de fabrication. Il est recommandé de se faire aider au moment de l’achat : comme pour toute auto ancienne, il peut subsister des exemplaires mal restaurés » poursuit Eric Godefroy. Celui qui ne veut prendre aucun risque peut se tourner vers les Citroën Traction d’après 1936, équipées de la crémaillère de direction. Elles subissent elles aussi une forte décote, alors qu’elles sont encore parfaitement à leur aise dans la circulation moderne : leur tenue de route était encore compétitive 40 ans après leur lancement… Des recommandations qui n’ont bien sûr rien d’exhaustif, la variété des productions qui caractérise l’industrie automobile d’avant 1940 faisant justement partie de son charme et de son intérêt. Quoiqu’il en soit, se rapprocher de ceux qui savent apparaît comme un premier réflexe salutaire pour se décider.
La série 02 dite « des fuseaux de Sochaux » comme cette 402 apparaît également comme un choix indiqué.
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