Véritable révolution dans l’histoire du rallye, la Lancia Stratos a été conçue dès l’origine pour la compétition. Avec son V6 Ferrari central, sa silhouette spectaculaire et ses trois titres mondiaux consécutifs, elle s’impose naturellement comme la « Muse du Musée » M24.
La Stratos version circuit des 24 Heures du Mans 1976
Dans cette rubrique, il ne s’agit pas de présenter l’ensemble d’un musée, ni même une petite sélection, mais au contraire de se concentrer sur une seule voiture. Le choix est forcément subjectif, mais c’est une auto qui sort de l’ordinaire, elle peut être rare ou unique ou raconter une histoire.
M24 – Musée du Sport Automobile prend la suite du Musée des 24 Heures du Mans après une importante extension, à la fois en surface mais aussi en exposition et en thématique. Le Musée des 24 Heures du Mans avait déjà eu sa muse (https://leblog-ffve.live/musee-des-24-h-du-mans-la-rondeau-m379/) avec la Rondeau M379. Mais compte tenu de cette extension, il nous a semblé intéressant de choisir une nouvelle muse, cette fois dans les collections du sport automobile hors 24 Heures du Mans. Compte tenu de la nature des voitures exposées, il y a beaucoup de modèles rares voire uniques, et la quasi-totalité des autos a sa propre histoire à raconter. Finalement, le choix s’est porté sur la Lancia Stratos pour être la « Muse du Musée » M24.
La Stratos version circuit des 24 Heures du Mans 1976
Lancia Stratos
Pourquoi elle ?
La Lancia Stratos occupe une place à part dans la grande histoire du rallye, en étant la première voiture conçue spécifiquement par un constructeur majeur pour courir en rallye. Jusque-là, les voitures de rallye étaient des voitures sportives ou de tourisme modifiées, optimisées et adaptées pour les aspects sécurité. Parmi les lauréates des rallyes au début des années 1970, on trouvait des autos aussi différentes que les Alpine A 110, Citroën DS, Ford Escort, Lancia Fulvia, Mini Cooper, Porsche 911, Saab 96… voire Peugeot 404 ou 504 ou Datsun (le nom de Nissan à l’époque) 240Z en Afrique.
La Lancia Stratos allait changer le rallye à jamais. Très compacte et légère, elle est équipée d’un moteur V6 d’origine Ferrari installé transversalement en position centrale arrière (une première dans le monde des rallyes). Sa ligne en coin, reconnaissable au premier coup d’œil, est en partie dérivée d’un show car du même nom présenté au Salon de Turin 1970. Sa taille (3,71 mètres) et son architecture la rendent particulièrement maniable, d’autant que son vaste pare-brise donnant sur un capot avant très court offrent une excellente visibilité, en tous cas vers l’avant. Vers l’arrière, c’est une autre histoire, mais une voiture de rallye n’est pas destinée aux manœuvres urbaines !
Pilotée par le suédois Bjorn Waldegard (vainqueur notamment en Suède et au San Remo 1975), la Stratos du musée M24 est dans la livrée officielle verte et blanche Alitalia qu’elle arborait en Championnat du Monde des Rallyes, équipée de son imposante rampe de phares supplémentaires au bout du capot. Après la Stratos, les reines des rallyes ont toutes été des voitures spécifiquement développées pour la course, les versions de série étant construites dans le seul but d’homologation ou conçues pour générer une bête de rallye, pour finalement arriver à la période moderne où les voitures de course reprennent la silhouette d’un modèle de série mais n’ont que peu d’éléments en commun.
La grosse rampe de phares caractéristique des voitures de rallye
La Lancia Stratos
Si Lancia connait depuis plusieurs années une période compliquée, c’était dans les années 1970 un constructeur important, notamment dans ce qu’on appelle aujourd’hui le « premium ». Lancia avait une réputation de constructeur innovant, la marque ayant par exemple été la première au monde à proposer un moteur V6 en série sur son Aurelia (1950), Aurelia qui remporta justement de nombreux rallyes dans les années 1950.
A la fin des années 1960, Lancia revient en rallye avec la Fulvia 1600 HF, dérivée sportif de la Fulvia coupé. Si la berline Fulvia présentée en 1963 est d’un style très classique, le coupé présenté en 1965 offre une ligne basse, élégante et lumineuse, mais avec son V4 de 1,2 litre et 80 chevaux, on est loin d’une auto sportive. Sous la forte impulsion de Cesare Fiorio, la Fulvia HF rallye passe à 1,6l et 115 chevaux, ce qui devient respectable pour un poids contenu autour d’une tonne. La 1600 HF donne naissance à la version compétition « Fanalone », ainsi nommée à cause de ses grands phares ronds supplémentaires, qui développe 160 chevaux et remporte de nombreux succès, avec notamment le Championnat international des marques 1972.
Mais dès le début des années 1970, Lancia a entamé le développement d’une nouvelle voiture de rallye. Comme nous l’avons dit plus haut, la Stratos est développée dès le départ comme une voiture de course. Lancia engage la Stratos dès 1972 dans la catégorie Groupe 5 (prototypes) pour en parfaire la mise au point, avant de lancer la production des 401 exemplaires « Stradale » nécessaires pour l’homologation en Groupe 4, obtenue en 1974, afin de participer au Championnat du Monde. La version route se distingue notamment par ses ailes un peu moins larges et ses phares avant escamotables.
Avec son V6 central porté à 280 chevaux pour moins d’une tonne et sa compacité, elle s’avère rapidement l’arme absolue en rallye et domine la discipline en remportant 3 titres mondiaux consécutifs en 1974, 1975 et 1976. La moisson aurait certainement continué si Fiat (maison mère de Lancia) n’avait décidé de la remplacer en Championnat du Monde par la Fiat 131 Abarth, pour des raisons commerciales.
Qu’à cela ne tienne, la Lancia Stratos va continuer à écumer les rallyes, glanant encore plusieurs victoires en championnat du Monde avec des écuries privées, jusqu’au Tour de Corse 1981 pilotée par Bernard Darniche, ainsi que d’innombrables victoires et titres nationaux (Allemagne, Espagne, France, Grèce, Italie…) et européens jusqu’en 1982. Les plus grand rallymen (et women) de l’époque, Markku Alén, Jean-Claude Andruet, Bernard Darniche, Michèle Mouton, Sandro Munari, Walter Rorhl, Bjorn Waldegard… se sont illustrés à son volant.
Notons aussi que Lancia a développé une version circuit de la Statos, dont le moteur boosté par un turbo développait 330 chevaux. Elle a notamment couru les 24 Heurs du Mans 1976, terminant 2e de sa catégorie aux mains d’un équipage 100% féminin, Christine Dacremont et Lella Lombardi. Cette version est aussi exposée au M24, dans la section consacrée aux 24 Heures du Mans.
Au total, entre versions « Stradale » et « Corsa », Lancia a construit un peu moins de 500 exemplaires de Stratos. Icône absolue, on ne peut concevoir une exposition consacrée à Lancia ou aux voitures de rallye sans présenter une Lancia Stratos !
Lancia Stratos, profil en coin, arrière rablé
M24 – Musée du Sport Automobile
Avec M24 – Musée du Sport Automobile, le Musée géré par l’Automobile Club de l’Ouest (ACO), entame une nouvelle existence et s’ouvre aux autres disciplines du sport automobile, grâce notamment à son association avec Richard Mille, célèbre horloger et collectionneur, et au soutien de plusieurs constructeurs. Fermé en juillet 2025 pour permettre les importants travaux d’agrandissement, le Musée a réouvert en mai 2026 sous le nom de M24 – Musée du Sport Automobile, avec une surface doublée (environ 10 000 m²) comprenant 8600 m² d’exposition.
Trouvez plus d’informations sur le musée et les renseignements pour visiter sur le site Automobile-Museums :
https://automobile-museums.com/m24-musee-du-sport-automobile/
© Thierry Le Gall










