Descendant du fondateur du constructeur éponyme et Président Honoraire de la FFVE, Robert Panhard a toute sa vie milité pour la mémoire de sa marque bien sûr, mais surtout pour celle de l’industrie automobile française. Il a bien voulu répondre à nos questions.
Robert Panhard au volant de la Panhard 35CV des records
Avez-vous dès l’enfance baigné dans le souvenir et l’histoire de Panhard ?
Robert Panhard : Non, je n’ai réellement commencé à m’intéresser à l’histoire du constructeur qu’à l’âge de 25 ans, lorsque j’ai eu l’occasion d’acquérir une PL17. C’était en 1970, peu après la sortie d’usine de la dernière automobile particulière Panhard en 1967. J’avais certes déjà utilisé les voitures de mon père auparavant mais cette première auto m’a en quelque sorte introduit dans cet univers. Avec elle j’ai vécu de belles aventures puisque j’ai franchi à son volant le rideau de fer, pour voyager en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Hongrie. Depuis j’ai bien entendu acquis d’autres modèles, dont de nombreuses avant-guerre.
Quelle place occupe aujourd’hui la marque dans l’univers des véhicules d’époque ?
Robert Panhard : Parmi les marques françaises disparues, Panhard est je pense la plus vivante. Elle le doit notamment aux modèles d’après-guerre car ce sont des autos d’ingénieurs dotées d’innovations et de carrosseries particulières qui intéressent les jeunes. Elles attirent l’œil et elles sont pour la plupart accessibles à ceux qui voudraient se lancer dans la collection. J’en ai eu encore l’expérience lors des dernières JNVE 2026 où ma petite Dyna Break de 1953 a beaucoup attiré les regards. Panhard est également très présent dans les Salons spécialisés, dont elle constitue un thème d’exposition comme lors du dernier Rétro Passion 2026 à Rennes mais aussi lors du Rétrofestival de Caen fin août 2026. Le réseau des pièces détachées fonctionne également très bien, les propriétaires de Panhard ne sont pas abandonnés. Enfin, son palmarès en course continue à entretenir son prestige : c’est la marque aux 1600 victoires, la plus présente dans les événements sportifs à son époque.
Comment êtes-vous entré dans le milieu des amateurs de Panhard ?
Robert Panhard : Après mes premiers pas en PL17, je me suis un peu immergé dans les clubs. J’ai commencé au Club Panhard de France, qui m’a permis de m’intéresser à l’histoire de la marque. Mon oncle Jean Panhard m’a également demandé en 1987 de rassembler les clubs car il avait constaté qu’il y avait un peu de désunion. C’est ainsi qu’a été fondée la Fédération des Clubs Panhard : elle unit 18 clubs français et étrangers. Ils se retrouvent chaque année lors d’un rassemblement international, le prochain ayant lieu à Mulhouse à la Pentecôte 2026. Plus tard, j’ai acheté une conduite intérieure six cylindres de 1927 et me suis trouvé un peu seul. Les quelques contacts que j’ai eus avec d’autres propriétaires de modèles d’avant-guerre m’ont conduit avec une cousine, Marie-Andrée de Trémiolles, également passionnée d’automobile, à créer en 1997 le club « Les Doyennes Panhard & Levassor » qui a rapidement attiré plus d’une centaine de membres. J’ai enfin créé une association familiale qui réunit tous les descendants de René Panhard, le cofondateur de l’entreprise : nous sommes 150 ou 200 membres et nous organisons tous les deux ans un rallye des Panhard en Panhard avec 70 à 75 voitures, ce qui permet aux jeunes générations de se familiariser avec cet héritage.
Vous avez également de nombreuses autres activités au service du patrimoine automobile, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Robert Panhard : J’ai été amené, toujours à la demande de mon oncle Jean, à rentrer au conseil d’administration du Musée National de l’Automobile Collection Schlumpf dans le rôle de Vice-Président. C’est lui en effet qui a permis d’éviter la dispersion de la collection en créant deux associations, l’une propriétaire de la collection et l’autre responsable de la gestion du musée. La première a racheté la collection au forfait après son classement comme Monument Historique par l’État en 1978. Jean Panhard a pu rassembler les fonds, provenant de sa propre société mais aussi de la ville de Mulhouse, du département du Haut-Rhin, la région Alsace, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Mulhouse, l’Automobile Club de France qu’il présidait, la Société Panhard et du CCFA. J’ai également contribué au mouvement des véhicules d’époque en prenant la présidence de la FFVE en 1992, à un moment où elle avait besoin d’être relancée. Avec une petite équipe nous avons pu dynamiser également la FIVA, cela a bien fonctionné grâce notamment à son président d’alors Michel de Thomasson qui a donné un véritable rayonnement international à ce réseau. Lors de mon mandat de Président de l’Automobile Club de France, j’ai également souhaité que l’on rappelle ses racines d’institution automobile la plus ancienne au monde, notamment en mettant en valeur ses archives.
Est-ce par fidélité familiale que vous-vous êtes engagé dans toutes ces actions ?
Robert Panhard : Même si elle a bien sûr compté, je l’ai fait avant tout pour notre pays, car la France n’a pas à rougir de son rôle dans le développement de l’automobile. C’est certes chez Panhard que l’Industrie Automobile est née en 1891 grâce à la personnalité d’Émile Levassor. Ce génie de la mécanique et camarade de l’École Centrale de mon arrière-grand-père René Panhard, a su concevoir rapidement ce qui est devenu une véritable automobile avec un moteur, un châssis, un arbre de transmission, la boîte de vitesse et le pédalier. C’est de leur collaboration qu’est née la première série d’automobiles de l’histoire. Aujourd’hui, deux grands groupes français de dimension mondiale en sont l’héritage et nous avons les meilleurs ingénieurs du monde : on ne le sait pas assez. Je suis attaché au fait que la France a apporté énormément au développement du sport et de l’industrie automobile, j’en suis fier et c’est ce qui m’a le plus mobilisé.
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